Histoire des CSF

 

La CSF La Riche et la Cité des Sables 

 

A la sortie de TOURS, côté Ouest, une commune rurale, LA RICHE, sur laquelle, après la guerre, dans les années 54/57, une cité avait été bâtie à la hâte, pour accueillir les employés et ouvriers qui occupaient les abris provisoires du centre du TOURS, afin de reconstruire la ville. Il s’agissait de 4 barres de 5 étages et deux escaliers. Très vite, les premiers occupants furent logés en ville et remplacés par une population d’émigrés nord-africains, algériens surtout, et quelques portugais.

Dans les appartements, quelle que soit la surface (Type 3, type 4…) le « confort » était le même… un poêle dans la salle commune avait mission de TOUT chauffer. Il y avait un semblant de salle d’eau qui aurait aussi bien pu s’appeler une « buanderie » car, à part un lavabo, c’était un bac de ciment dont la hauteur n’invitait pas au bain mais qui tenait lieu de baignoire.C’est ce bac qui a disparu le 1er pour être remplacé par une douche.

Pour sécher le linge, il fallait s’organiser… Il y avait bien quelques fils de fer au but de la cité mais ceux qui y étendaient leur linge avaient intérêt à rester surveiller!

En plus, il y avait des odeurs nauséabondes que personne ne pouvait expliquer. Plus tard, à la faveur d’une visite des locaux décidée par le maire avec les responsables du Département, de l’Hygiène et de la Santé, on a découvert que les bouches d’aération des appartements étaient ouvertes juste au-dessus des poubelles!

Pour bien comprendre la situation d’exclusion de cette ancienne cité, il faut aussi se rappeler que son accès était dépendant du passage à niveau de la ligne Lyon/Nantes, trains à grande vitesse, trains à marchandises. Ce passage à niveau manuel était fermé parfois vingt minutes et il n’était pas rare d’être fermé à nouveau dix minutes après car la ligne de Lyon et celle du Mans se rejoignaient à 800 mètres.Or, la fermeture de l’une entraînait la fermeture de l’autre sans nécessairement entraîner le passage d’un train. Une situation qui a provoqué des imprudences parfois mortelles.

Tout ceci explique comment cette cité était devenue un ghetto…

Dans les années 60, une association qui plus tard est devenue la C.S.F. s’est aperçue de la grande misère des familles et a commencé à faire circuler dans la cité, pour un prix très modique, une machine à laver et une machine à coudre jusqu’à ce que les habitants achètent peu à peu leur propre machine dans les années 70.

Puis, dans les années 80, survient un gros problème de factures d’eau : des familles subissent des coupures de compteur. Certaines réagissent au montant des factures et on s’aperçoit alors que les relevés des compteurs sont aberrants. La C.S.F. entame alors une action de longue durée. Les habitants osent enfin se défendre ! Et durant toute une année, chaque semaine, une locataire accompagnée de la C.S.F. relève tous les compteurs.Ce qui permet de déceler des fuites presque invisibles mais qui coûtaient très chers au locataire et de pouvoir enfin y remédier. Néanmoins, des foyers se sont retrouvés sans eau… Certains ont dû pendant plus d’un an, apporter l’eau du jardin!!!

La C.S.F. n’arrivant pas à se faire entendre de la S.E.G. (compagnie des eaux de l’époque), demande un RV au maire de la ville. Mais en arrivant sur les lieux, le Directeur de la S.E.G. est déjà là et la S.E.G. a tous les droits! Les militants de la C.S.F. se sont alors levés, non sans avoir dit avec colère : « Messieurs, les habitants des Sables sont peut-être des pauvres, mais ce ne sont pas des idiots…et même s’ils étaient des idiots, ils auraient droit au respect… »

 

Quelques mois plus tard, élections municipales… Alain Michel, un nouveau maire est élu. Celui-ci permettra le dialogue.

 

Arrive alors le terrible hiver 84/85. Le froid a duré plusieurs semaines et les compteurs d’eau ont gelé. Un jour, sur un palier, l’eau s’est mise à couler à flots. Elle gelait en descendant. A chaque marche, son iceberg! Au bout d’un moment, quelqu’un a enfin réussi à couper l’arrivée d’eau. La S.E.G. a voulu faire payer les compteurs aux abonnés! La C.S.F a refusé et après des mois de combat, a obtenu gain de cause.

Mais c’est le début d’un autre combat : les logements sont humides. Les gens ont beau essuyer, aérer, l’humidité revient toujours. A chaque changement de locataires, il y a un « état des lieux » auquel participe la C.S.F. quand les locataires le demande. A chaque fois, c’est une vraie bagarre : Les H.L.M. voulaient rendre l’occupant responsable de l’humidité. La C.S.F a tenu bon et a réussi à refuser l’obligation de refaire les peintures pour le motif que « c’est tromper ceux qui rentrent. Quand ils auront été là un mois, les tâches auront réapparu… C’est malhonnête! »

Les H.L.M. refusaient d’envisager la démolition avant 2010…

Lassés de se battre contre des moulins à vent, la C.S.F. a recours au maire. Après réflexion, il décide alors une visite de tous les logements avec les H.L.M. la mairie, le Département, les services d’Hygiène et bien sûr, la C.S.F. !

Que de moments épiques! Les visites se faisaient au moment de la préparation des repas de midi et il y avait donc souvent de l’eau entrain de bouillir…

– les H.L.M : « de l’eau qui bout! Comment voulez-vous qu’il n’y ait pas de vapeur? »

– La C.S.F. : « Ah!… Et comment on fait la soupe chez vous? »

Un autre appartement était inoccupé depuis plusieurs mois car le jeune couple qui avait des problèmes de santé était hébergé dans sa famille. Le mari était venu ouvrir le matin pour la visite. L’humidité était partout…Une question fuse à la C.S.F. « C’est en raison de la soupe, sans doute? »

Il y a ainsi eu environ trois semaines de visites, tous les jours ouvrables…et la conclusion est arrivée : IL FAUT ABATTRE LA CITÉ LE PLUS VITE POSSIBLE!

Ainsi commença pour les organismes sociaux, tout un travail de recherche pour essayer de loger les familles dans les meilleurs conditions. Quelle victoire! et comme nous nous sommes réjouis de voir le monde affluer à l’endroit de cet ancien ghetto de la Riche pour venir faire ses courses à l’hypermarché de LA RICHE!!!!

La 1ère barre a été démolie  le mardi 14 janvier 1992.

(écrit à partir des notes de Marie-Germaine BRILLOUET)

 

En 2017, la CSF de la RICHE s’associe avec la CSF de JOUÉ-LES-TOURS pour lancer un projet cinéma « DANS MON HALL » AVEC les habitants de la cité NIQUEUX BRUÈRE et du quartier de LA RABIÈRE où beaucoup d’habitants de l’ancienne cité des Sables ont été relogés. L’objectif de ce projet était lors d’un casting, de permettre aux habitants de parler de leur quotidien, montrer que la vie de tous les jours n’est pas banale, qu’elle a de la saveur et du prix. Puis ensuite, de permettre aux habitants ayant participé aux castings, de devenir acteurs des courts-métrages, leur faire découvrir l’envers du décor du monde du cinéma et leur permettre d’acquérir des connaissances techniques, faire émerger des talents cachés…

Plusieurs thématiques ont ainsi été identifiées mais nous avons été surpris, plus de 20 ans après la démolition de la cité des Sables, d’avoir des témoignages des habitants des deux communes qui ont parlé de cette cité. Il n’ ont pas parlé des mauvaises conditions de logements, d’hygiène ni de la mauvaise réputation qui entourait cette cité mais plutôt,d’un lieu où s’exerçait la solidarité et un vrai « VIVRE ENSEMBLE » qu’ils n’ont jamais retrouvé ailleurs…